Revue vaudoise de généalogie et d'histoire des familles 2024
La généalogie à l’ère du numérique
Sommaire
- RENDU Oliver et RAPPO Lucas, Éditorial
- CALISTO Acacio, L'état-civil vaudois sur internet : quelle plus-value pour la généalogie ?
- BREYSSE Denys, Renouveau méthodologique de la reconstitution des familles et contribution à l'analyse de la mobilité et des migrations à l'heure de la généalogie numérique
- SAMUEL-HERVÉ Aliénor, De TikTok à ChatGPT, la généalogie réinventée ?
- FELLAY Jean-Charles, La base généalogique du CREPA
- ALLAN Malcom, La généalogie en ligne est un marché. Retour d'expérience d'un utilisateur...
- Nos lectures
- Rapport présidentiel 2023
- Index
Editorial
Oliver Rendu et Lucas Rappo
La généalogie n’a jamais été aussi vivante et répandue. Longtemps cantonnée aux cercles familiaux ou aux salles d’archives, elle s’est métamorphosée en une pratique connectée et collaborative. À l’ère numérique, elle se réinvente, portée par des outils puissants, des bases de données massives, des algorithmes d’intelligence artificielle et une communauté toujours plus large et diverse. Les réseaux sociaux jouent désormais un rôle central dans cette transformation : ils permettent de partager ses découvertes, de susciter des vocations et même de rendre la généalogie virale, comme le montre le succès de certaines fonctionnalités ludiques ou émotionnelles sur TikTok ou Instagram.
Pour ce numéro, la Revue vaudoise de généalogie et d’histoire des familles a choisi d’ouvrir ses horizons. Si elle s’ancre historiquement dans le canton de Vaud, elle a souhaité accueillir des contributions venues d’autres régions et pays, afin de proposer un panorama plus large des pratiques généalogiques numériques. Cette ouverture géographique permet de mieux saisir les dynamiques globales à l’œuvre, tout en offrant des points de comparaison féconds.
Internet est omniprésent. Il devenu le nouvel espace généalogique. Il ne s’agit plus seulement d’un outil, mais d’un environnement : les recherches se font en ligne, les arbres se construisent sur des plateformes, les archives se consultent à distance, les découvertes se partagent sur les réseaux sociaux. Cette omniprésence du numérique transforme en profondeur les usages, les attentes et les formes de transmission.
Mais cette transformation va de pair avec une autre : la commercialisation croissante de la généalogie. Les grandes entreprises du secteur (Ancestry, MyHeritage, FindMyPast…) ont su répondre aux besoins des généalogistes en proposant des services payants, des tests ADN, des interfaces intuitives et des bases de données indexées. Cette dynamique soulève des questions essentielles : comment garantir l’accès équitable aux sources ? Quel rôle pour les institutions publiques ? Comment préserver la qualité et l’éthique dans un marché en expansion ?
C’est pourquoi il était essentiel, dans ce numéro, de croiser les regards. Le point de vue archivistique, représenté notamment par Acacio Calisto des Archives cantonales vaudoises, rappelle le rôle fondamental des institutions dans la conservation, la structuration et la mise à disposition des sources. Il apporte des réflexions sur la position des institutions cantonales quant aux enjeux de la numérisation des archives. Le regard universitaire, porté par Denys Breysse, montre combien le numérique ouvre de nouvelles voies pour la recherche historique, démographique et sociale, en s’intéressant à la commune de Trizac dans le Cantal. Jean-Charles Fellay nous fait découvrir l’histoire du CREPA qui est une base de données exceptionnelle sur la population du Val de Bagnes en Valais. À partir d’une initiative privée, cette belle aventure humaine et scientifique a traversé les générations et les technologies, en fournissant aux chercheurs et chercheuses des ressources d’une grande qualité. Aliénor Samuel-Hervé explore les usages des réseaux sociaux, du marketing d’influence et de l’intelligence artificielle, montrant comment la généalogie devient une pratique visible, virale, mais aussi sujette à débat. Pour finir, la contribution de Malcolm Allan propose une réflexion stimulante sur le marché de la généalogie en partant de l’exemple du Royaume-Uni et des grandes entreprises qui font commerce dans notre domaine. Est-il possible de voir un tel développement commercial en Suisse ?
Ce numéro témoigne d’une généalogie en pleine mutation. Elle n’est plus seulement une quête intime, mais aussi un objet de recherche, un terrain d’innovation, un enjeu de société. Le numérique ne fait pas que faciliter l’accès aux sources : il transforme les pratiques, les récits et les communautés de généalogistes, telle que la nôtre. Il nous invite à repenser ce que signifie « faire de la généalogie » aujourd’hui.
À travers ces cinq contributions, nous espérons offrir aux lecteurs et lectrices de la revue un panorama stimulant, critique et engagé de la généalogie à l’ère numérique. Une généalogie qui, tout en regardant vers le passé, n’a jamais été aussi tournée vers l’avenir.
La Revue vaudoise de généalogie et d’histoire des familles voit également son comité de rédaction évoluer. L’artisan de la refonte de la revue en 2012, Loïc Rochat, a souhaité passer la main après avoir orchestré sa succession, de même Simon Lagger et Jasmina Cornut qui ont collaboré activement à la publication dès ses débuts, laissent également leur place. Le comité de rédaction accueille par conséquent de nouveaux membres, soit Guillaume Favrod, doctorant à l’Université de Lausanne en histoire moderne qui étudie les familles vigneronnes vaudoises, ainsi que Kelvin Bruggmann, membre du comité du Cercle et linguiste. Nous remercions vivement Loïc Rochat, Simon Lagger et Jasmina Cornut pour leur implication de plus de dix ans.
